Il y a très longtemps, je peignais en utilisant les encres d’imprimerie que mon père, typographe, m’avait rapportées. Plus tard, les journaux sont devenus la matière première de mon travail. 

Après une formation à l’école Nationale d’Arts de Cergy, j‘ai eu l’opportunité de réaliser des expositions pour un musée de société. Les objets constituant la collection devenaient matériau à comprendre puis à faire dialoguer pour rendre compte de questions d’actualité. Dans ce cadre, les rencontres avec des artistes comme Sandrine Morsillo, Jean Le Gac, (L’art, un cas d’école) ont été déterminantes, tout comme l’avaient été les échanges avec Fred Forest et Collette Garault, auteure de l’ouvrage L’artiste contemporain et la nature.

Aujourd’hui, je joue avec la superposition des argiles, j’entortille, j’entremêle. Je progresse dans l’observation des enchevêtrements et cherche à discerner l’entre deux lignes, la cartographie, à saisir une image nouvelle, à me réjouir d’un résultat de cuisson inattendu… Je m’étonne d’y percevoir des accointances avec mes questionnements et ceux qui traversent mon époque. 

Je suis encouragée dans mes investigations par Bernadette Wiener, céramiste professionnelle dans un domaine que je découvre à peine. Une complicité qui déborde la pratique stimule notre imagination. 

Les matériaux et les outils utilisés ne sont pas figés. Ils sont prétextes à des explorations et des combinaisons. Différents médiums peuvent se côtoyer. C’est la partie recherche-expérimentation qui me réjouit dans un premier temps : travailler les terres mêlées et s’essayer aux superpositions d’émail, inclure du papier, des pigments… Faire des essais et des tests, ajouter ou retirer de la matière. Recommencer. Imaginer une architecture, préciser la forme, incorporer, associer juxtaposer. Se raconter une histoire qui devient sculpture, installation. Avoir envie de partager cette expérience singulière.

Chacune de mes expériences artistiques tient d’une rencontre, d’un moment, d’une lecture, ou d’un sujet particulier qui m’implique ou m’importe. Je m’imprègne, m’en écarte, y reviens, et plus tard, lorsque les sensations ont infusé. Je me surprends à en réactiver des fragments dans des bricolages artistiques. Les petites collectes (grains de sables, coupures de journaux, écrits divers, photos …), les idées et livres partagés, le présent discuté, les lendemains imaginés et les projets collectifs font partie des préparatifs et deviennent source d’inspiration. Comme si le travail plastique était un moyen de cheminer encore, d’apprivoiser la complexité, pour essayer de comprendre, un peu. 

Oeuvres céramique de Françoise Bessière entre 30€ et 270€